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Le ciné jazz de Gainsbourg
12 mai. 2015 • ActualitésEcoutez le cinéma !

Le ciné jazz de Gainsbourg

L’invité (presque) surprise du coffret événement « Le Cinéma de Serge Gainsbourg », c’est le jazz. À l’instar d’un Picasso, l’Homme à tête de chou a connu plusieurs périodes. Et avant la période psyché, rock ou gainsbarre, il y eut une époque où le grand Serge fricotait sévère avec la note bleue. Et ça se ressent dans ses premières partitions écrites pour le cinéma, tout comme dans le choix des arrangeurs cinq étoiles avec lesquels il fait équipe.

Moins connue que sa passion pour le rock british ou le reggae, l’amour de Gainsbourg pour le jazz est pourtant une (belle) réalité. Si les premières lignes de sa discographie sont là pour la rappeler, le coffret « Le Cinéma de Serge Gainsbourg » le confirme avec force. Dans le livret, Bertrand Blier (pour lequel le grand Serge a composé la B.O. de Tenue de Soirée) confie que c’était même l’un des sujets de conversation préférés de l’auteur-chanteur-compositeur-provocateur: « C’était un mec d’une culture hallucinante : on pouvait le brancher aussi bien sur Bartok, Gerry Mulligan, Chopin ou Monk ».

Pour le cinéma comme pour ses albums, Gainsbourg avait choisi de faire équipe avec un arrangeur également passionné par le jazz : Alain Goraguer. « On avait le même goût pour les standards américains. C’était l’osmose totale : moi j’étais lui, lui était moi » confiera ce complice historique de Boris Vian. Ensemble, ils accoucheront de trois partitions pour le 7e Art: L’Eau à la Bouche de Jacques Doniol-Valcroze, Les Loups dans la Bergerie d’Hervé Bromberger et Strip-Tease de Jacques Poitrenaud. Au programme, du jazz West Coast tour à tour pied au plancher ou langoureux. Et deux chansons éponymes devenues cultes: L’Eau à la Bouche interprétée par Gainsbourg lui-même et Strip-tease entonnée par une Juliette Greco sexy comme tout. Cerise sur le gâteau, on trouve en fin de coffret une version inédite de cette dernière par Nico, la muse du Velvet Underground.

L’autre grand arrangeur jazz du Gainsbourg accoucheur de B.O., c’est Michel Colombier. Conseillé au grand Serge par Alain Goraguer en personne, le bonhomme avait à l’époque travaillé avec le compositeur expérimental Michel Magne et avec Quincy Jones pour un album « in English » de Charles Aznavour. Aficionado du format big band, Michel Colombier se fait plaisir pour la musique pour le 7e Art. Du jazz West Coast de Comment trouvez-vous ma sœur ? de Michel Boisrond, les deux hommes passent peu à peu au rhythm’n’blues pour générer peu à peu ce qui deviendra le « son Gainsbourg » des années 60, une pop sophistiquée et sensuelle. A tel point que la BO du film Les Cœurs verts d’Edouard Luntz donnera tout simplement le célèbre et sulfureux Je T’aime Moi Non Plus. C’est avec Michel Colombier que Gainsbourg écrira aussi l’une de ses plus célèbres partitions pour le cinéma : Le Pacha d’Edouard Lautner. Au-delà du célèbre thème Requiem pour un con, on y trouve une petite pépite de piano faussement boogie, Joss à la Calvados.

Les incursions jazz du coffret « Le Cinéma de Serge Gainsbourg » ne s’arrêtent pas là. La chanson L’Escroc avec les inévitables Elek Bacsik à la guitare électrique et Michel Gaudry à la contrebasse (ceux-là même qui agitent l’album « Gainsbourg confidentiel »), les élans tantôt funk tantôt tango de la B.O. de Madame Claude (co-composée avec Jean-Pierre Sabar) ou la version revue corrigée du thème des Chemins de Katmandou (co-écrit avec Jean-Claude Vannier) par Fred Pallem : autant de portes pour redécouvrir l’œuvre kaléidoscopique de Gainsbourg sous un autre jour.

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