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Trombone Shorty

Trombone Shorty

Né à La Nouvelle-Orléans, formé au trombone et à la trompette au New Orleans Center for the Creative Arts, Trombone Shorty symbolise la relève de la riche tradition musicale de la capitale de la Louisiane. De Lenny Kravitz à Green Day, le tromboniste (également trompettiste) se frotte au rock et dévoile une présence scénique incomparable, dépassant les frontières de genres.

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Trombone Shorty – Parking Lot  Symphony
Trombone Shorty

Trombone Shorty – Parking Lot Symphony

Sortie : 28 avril 2017 • Label : Blue Note

Certes, « Parking Lot Symphony » s’ouvre sur un chant funèbre mais ne vous y trompez pas : le nouvel album du célèbre chanteur, songwriter et tromboniste Troy Andrews, plus connu sous le nom de Trombone Shorty, n’a rien d’une longue complainte. Si l’artiste a choisi d’entamer ce disque en célébrant ses racines avec ce magnifique morceau de soul néo-orléanaise, intitulé « Laveau Dirge No. 1 » en l’honneur d’une des plus célèbres prêtresses vaudou de l’histoire de la Nouvelle-Orléans, c’est pour ensuite s’aventurer dans des directions totalement différentes sur le reste de l’album. Comme son titre le laisse deviner, « Parking Lot Symphony » est un disque aux sonorités infiniment variées, où l’on ne s’étonnera pas de voir le fracas d’une fanfare faire place à un titre de funk torride, et un blues à la beauté déchirante côtoyer un morceau de hip-hop bravache. L’extraordinaire qualité de l’interprétation assure l’unité de cet ensemble a priori hétéroclite, illustrant de la plus belle des manières ce qu’aime à rappeler Troy Andrews : dans les moments difficiles, « la musique est un facteur d’unité ». Lorsqu’on lui demande pourquoi il a mis si longtemps à donner une suite à « Say That to Say This », son précédent album produit par Raphael Saadiq et sorti en 2013, l’artiste avoue tout simplement « ne pas avoir vu le temps passer ». « Certains artistes s’arrêtent de travailler entre deux disques mais, en ce qui me concerne, je n’ai pas arrêté ».

C’est le moins que l’on puisse dire. Au cours des quatre dernières années, Troy Andrews s’est produit pour la cinquième fois à la Maison Blanche, a accompagné Macklemore et Madonna lors de la cérémonie des Grammy Awards, a joué sur les albums de She & Him, Zac Brown, Dierks Bentley et Mark Ronson, a assuré les premières parties des tournées de Dary Hall & John Oates et des Red Hot Chili Peppers, a fait une apparition dans « Sonic Highways », la mini-série documentaire produite par Dave Grohl des Foo Fighters, a enregistré la voix de plusieurs personnages pour le film d’animation « The Peanuts Movie », a eu l’honneur de donner le concert de clôture du New Orleans Jazz & Heritage Festival comme d’autres grands noms de la Crescent City avant lui (les Neville Brothers, Professor Longhair…), et publié Trombone Shorty, un livre pour enfant retraçant son parcours et récompensé par le Caldecott Honor Book en 2016. Pour « Parking Lot Symphony », son premier album sur Blue Note Records, Troy Andrews s’est attaché les services du célèbre producteur Chris Seefried (Andra Day, Fitz and the Tantrums) et a collaboré avec des compositeurs et des musiciens aussi différents que ceux d’Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, des Meters, de Better Than Ezra ou encore de Dumpstaphunk. C’est toutefois seul chez lui que l’artiste a commencé à imaginer ce nouvel album. « Je me trouvais pour deux semaines à la maison alors j’en ai profité pour me rendre au studio et préparer mon « aire de jeu » », se rappelle-t-il.  « J’ai tout disposé en cercle, tuba, trombone, trompette, clavier, Fender Rhodes, Wurlitzer, orgue Hammond, guitare, basse, batterie, et je me suis mis au milieu. »

A cette occasion, il enregistra suffisamment d’idées pour remplir un album puis mit le projet entre parenthèses pendant un an. Pas par manque de temps mais Troy souhaitait repartir sur la route et voir comment ses idées évolueraient. Quand il revint accompagné de son groupe au grand complet, les chansons prirent vie comme par enchantement. Prenez les deux reprises figurant sur l’album. Dans les deux cas, Troy Andrews a jeté son dévolu sur de véritables trésors cachés de la musique néo-orléanaise. Son interprétation follement sexy de « Here Comes the Girls », chanson d’Allen Toussaint enregistrée en 1970 par Ernie K-Doe, ne déparerait pas sur le dernier album de Bruno Mars. Quant à sa version d’« It Ain’t No Use » des Meters où des chœurs déchirants s’entrelacent à la ligne de guitare jouée par Leo Nocentelli lui-même, elle donne à l’auditeur l’impression d’être plongé au beau milieu d’un concert jazz-soul de folie. L’histoire entourant l’enregistrement de ce titre est presque trop belle pour être vraie. Troy Andrews se trouvait en studio pour faire un sort à ce morceau avec les membres de son groupe, Orleans Avenue (le guitariste Pete Murano, les saxophonistes Dan Oestreicher et BK Jackson, et Tony Hall de Dumpstaphunk qui remplaçait pour l’occasion Mike Bass-Bailey).

Tony Hall avait même apporté la basse acoustique qu’il avait achetée à Leo Nocentelli des années auparavant et que l’on peut entendre sur la version originale du morceau. Or, sur le chemin des toilettes, qui Troy Andrews aperçut-il sortantd’une autre salle d’enregistrementsinon le guitariste des Meters en personne ? Voilà ce qu’on appelle le destin. Un tel événement n’est toutefois pas des plus inhabituels pour un homme qui a été élevé dans l’une des familles les plus passionnées de musique de Tremé. Troy Andrews reçut son surnom à l’âge de quatre ans lorsqu’il choisit de jouer du trombone. « Mes parents m’ont un peu poussé parce qu’ils n’avaient pas besoin d’un autre trompettiste », se rappelle-t-il en éclatant de rire. Dès l’âge de huit ans, le petit Troy était à la tête de son propre groupe, se produisant dans des défilés, des salles des fêtes et même dans des bars : « les propriétaires devaient fermer la porte pour éviter que la police n’entre », se souvient-il. Alors qu’il n’était encore qu’adolescent, Andrews joua à l’étranger avec les Neville Brothers puis rejoignit le groupe de Lenny Kravitz à sa sortie du lycée (le New Orleans Center for Creative Arts). Toutes ces expériences ainsi que l’enregistrement de trois albums sous le nom de Trombone Shorty et d’innombrables collaborations nourrirent son appétit insatiable pour les musiques les plus diverses, une véritable passion qui éclate au grand jour sur « Parking Lot Symphony ». Co-écrit avec Aloe Blacc, « Familiar » semble par exemple donner naissance à un nouveau genre musical (le trap-funk ?), Troy Andrews laissant s’exprimer le R.Kelly qui sommeille en lui afin de séduire un amour de jeunesse. L’instrumental « Tripped Out Slim » (nommé en hommage à un vieil ami de sa famille récemment disparu) malmène un thème évoquant fortement celui de la Panthère rose pour finalement donner naissance à un morceau sur lequel on imagine sans difficulté se pavaner James Brown. A l’écoute de « Where It At ? »,composée avec Kevin Griffin de Better Than Ezra, on discerne parfois des sonorités qui ne sont pas sans rappeler la pop du début des années 2000. « Rien n’était moins cool que d’écouter *NSYNC ou Britney Spears quand on était au lycée », se rappelle Troy Andrews, « mais les lignes de basse et les mélodies étaient sacrément funky. »

La voix de Troy Andrews sonne mieux que jamais sur ce nouvel album (ce dont l’artiste attribue tout le mérite à Chris Seefried), un constat qui n’a rien d’anecdotique, « Parking Lot Symphony » étant sûrement le disque sur lequel l’artiste se met le plus à nu. Coécrit avec Alex Ebert d’Edward Shape & The Magnetic Zeros, le morceau qui donne son titre à l’album évoque tout autant le plaisir que l’on éprouve en se laissant imprégner par la musique qui semble venir de tous les côtés lorsqu’on se balade dans Tremé que le fait de continuer à vivre sa vie quand on a le cœur brisé. Et le bluesy « No Good Time » nous rappelle, avec une bonhomie légèrement désabusée, que « les bons moments n’ont jamais rien appris à personne ». Troy Andrews est cependant formel : il ne s’agit pas d’un disque de rupture. « C’est un disque sur la vie », explique-t-il, « sur le fait de surmonter les épreuves quelles qu’elles soient ». C’est sûrement sur « Dirty Water » que ce thème est le plus explicite, Troy Andrews adoptant une voix de fausset des plus apaisante pour s’adresser à tous ceux qui traversent des « eaux troubles », qu’elles soient personnelles, politiques ou autres. « Bien des gens abandonnent l’espoir pour le doute », chante-t-il, « Je dois leur dire quelque chose/Vous avez tort/ Quand vous croyez en l’amour, tout finit par s’arranger ». Amen. Et à présent, que les cuivres nous emportent !

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