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Tony Allen

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D’origines nigériane et ghanéenne, le batteur Tony Allen est né à Lagos le 12 août 1940. Il débute son instrument à dix-huit ans tout en travaillant comme technicien radio.En 1964, Tony Allen commence à jouer avec Fela Anikulapo Kuti. Du jazz, ils vont évoluer vers leur propre style, l’afrobeat, invention parachevée lors de leur tournée américaine de 1969, aux côtés de musiciens afro-américains, à cette époque houleuse de l’après-assassinat de Martin Luther King. Avec Fela…

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Album

Tony Allen – The Source
Tony Allen

Tony Allen – The Source

Sortie : 8 septembre 2017 • Label : Blue Note

Tony Allen vient de réaliser un rêve d’enfant. Il assure même qu’avec  The Source, douzième opus de sa discographie, il a enregistré le disque de sa vie. Le saxophoniste Yann Jankielewicz  qui l’accompagne depuis 10 ans affirme pour sa part : «  Tony n’a jamais aussi bien joué de la batterie. Il n’a jamais été aussi libre et puissant qu’aujourd’hui. » Il n’est pas anodin qu’un musicien de 76 ans dont la carrière s’étale sur plus de 50 ans et dénombre des centaines d’enregistrements en studio, fasse un tel aveu. Il n’est pas fortuit qu’un autre musicien, de 35 ans moins âgé mais déjà doté d’une longue expérience, lui reconnaisse une telle aura.

A cet éloge, on peut ajouter le sentiment du saxophoniste Rémi Sciuto, référence sur la scène jazz en France, mais aussi à l’œuvre depuis une vingtaine d’années avec des artistes aussi divers que Nicolas Godin ou Oxmo Puccino, qui au sortir de l’enregistrement de The Source dira : « C’est certainement l’une des meilleures séances de ma carrière ».

The Source est le premier album du batteur nigérian pour Blue Note, label parmi les plus prestigieux de l’histoire du jazz qui a considérablement ouvert son champ d’action depuis sa renaissance dans les années 80. Et Source symbolise peut être mieux qu’aucune autre référence du catalogue à la fois l’âge classique du label et son présent innovant. Il répond par son esthétique sonore d’une totale intégrité, résultat d’une scrupuleuse transcription de la musique au moyen d’une technologie exclusivement analogique,  à la philosophie vertueuse dont se réclamaient ses fondateurs, Alfred Lion et Marx Margulis. Mais il rejoint aussi par sa nature hybride,  le jazz n’étant en réalité ici qu’un mode de navigation permettant de remonter à sa source africaine, une exigence de modernité qui en fait un objet à part totalement captivant.

Les meilleurs albums nous racontent toujours une histoire. Celui-ci nous fait remonter à la source de l’art musical de Tony Allen,  autrement dit le Nigéria de la seconde moitié du 20ème siècle. Tony Oladipo  Allen, né à Lagos en 1940,  n’a jamais pratiqué le moindre instrument de percussion  traditionnel pour d’emblée s’intéresser à cette lointaine cousine des tambours ancestraux qu’est la batterie. Son apprentissage il l’a fait en autodidacte alors qu’il travaille comme technicien à la radio  nationale du Nigéria, à l’écoute des disques de ses maîtres américains, Art Blakey, Max Roach, Kenny Clarke, éminents batteurs de l’ère du Be Bop et du Hard Bop. Sa vie change du tout au tout lorsqu’en 1964 il fait la connaissance de Fela Kuti qu’il va accompagner pendant 15 ans. D’abord au sein des Koola Lobitos, emblématique formation du High Life, modèle de toutes les musiques modernes africaines Puis comme chef d’orchestre d’Africa 70 où il élabore un nouveau langage, l’afro beat, mélange de rythmes yorubas, d’instrumentation funk et de thématiques révolutionnaires. Avec Fela Kuti, Tony va enregistrer une vingtaine d’albums, apposant sa signature rythmique sur chacun d’entre eux, cette façon unique de distribuer les coups sur les fûts, les toms, les cymbales avec une énergie caressante, quasi aérienne, mais formidablement efficace. L’afro beat devient dès lors le propulseur d’une carrière qui le voit ensuite collaborer aussi bien avec Damon Albarn qu’enregistrer avec Sébastien Tellier, Flea et Oumou Sangare, tout en poursuivant une carrière sous son nom.

Début 2017, après avoir sorti un EP en hommage à Art Blakey, Tony entame la préparation de The Source où il entend refléter de manière plus complète ce voyage intérieur, musical et spirituel, entre l’Afrique et l’Amérique. Il requiert pour en partager l’écriture, et en assumer les arrangements, le saxophoniste Yann Jankielewicz, avec qui il travaille depuis l’album Secret Agent de 2009.  Les 11 titres de The Source sont le fruit d’un patient travail qui débute lorsque les deux musiciens se réunissent pour écouter et échanger certains disques. Ceux de Lester Bowie, Charlie Mingus, Art Blakey ou Gil Evans vont servir de boussole, ou plutôt de constellation qu’ils scrutent comme jadis les navigateurs à bord des caravelles pour s’orienter.« Tony fait parti de ces musiciens architectes qui à partir d’un pattern de batterie savent élaborer un thème avec une rare précision souligne Yann. Il entend tous les instruments avant qu’ils ne soient joués.» La mise en œuvre se fera au studio Midilive (ancien Vogue) en banlieue parisienne qui dispose d’un matériel  totalement analogique.  Chose assez rare pour la souligner, l’enregistrement se fera sur bandes et, de la captation au mixage jusqu’à la gravure, aucune intervention numérique ne s’immiscera dans le processus. Ce qui explique le grain  exceptionnel que possède le son. Autour de Tony sont réunis quelques-uns des meilleurs musiciens d’une scène que l’on peine à étiqueter jazz tant elle se caractérise avant tout par sa mobilité. Le tromboniste Daniel Zimmermann, le saxophoniste Rémi Sciuto, le contrebassiste Mathias Allamane ou le claviériste Vincent Taurelle, qui avec Bertrand Fresel a produit l’album, figurent dans un casting frenchy où le guitariste camerounais Indy Dibongue apporte, avec Tony, l’indispensable pigment africain. Au total 11 pointures, dont 5 cuivres,  vont participer à Source. Plus un guest de marque, Damon Albarn, au clavier sur Cool Cats.

Dans ce contexte particulier, le mot « source » prend une valeur polysémique. Car ici, il peut s’agir d’un « retour au source » comme de la mise en relation avec une « source sonore ». Cette dimension est  cruciale tant cet album brille par la variété de ses timbre et la diversité de ses couleurs. Chacun des 11 instrumentaux voit ainsi la mise en valeur d’un instrument, la trompette de  Nicolas Giraud sur Bad Roads, la contrebasse de Mathias Allamagne sur Crusin’, le piano de Jean Philippe Dary sur On Fire, le baryton de Rémi Sciuto sur Woro Dance, le ténor de Jean Jacques  Elangue dans Cool Cat’s, le trombone de Daniel Zimmerman sur Wolf Eats Wolf… Avec, métronome à la mystérieuse exactitude car complètement affranchi de la rigidité du temps fonctionnel, la patte de Tony, véritable main de fer gantée de velours du disque. La musique de Source crée son propre milieu. Elle brille comme un soleil africain dans Push & Pull, se fait contemplative dans Tony’s Blues, hypnotique dans Life Is Beautiful, prend des couleurs de crépuscule urbain dans Ewajo… Où est le jazz, où est l’afro beat dans les incessants remous qu’elle engendre ? On ne sait. Oserions nous demander aux eaux apaisées ou intranquilles de l’océan, de distinguer celles qui viennent du Niger et celles du Mississipi ?