Accueil>Artistes>Lee Konitz
Lee Konitz

Lee Konitz

Né à Chicago (Illinois) le 13 octobre 1927, Lee Konitz commence son apprentissage musical par la clarinette avant de se tourner vers le saxophone, ténor puis alto, dont il sera l’un des meilleurs solistes de son temps. Dans les années 1940, après des débuts dans l’orchestre du clarinettiste Jerry Wald, il officie dès 1947 dans celui du pianiste et chef Claude Thornhill, où ses soli sont remarqués. C’est à cette époque qu’il fait la rencontre du pianiste Lennie Tristano, dont le jeu…

Biographie complète

Album

Lee Konitz – Frescalalto
Lee Konitz

Lee Konitz – Frescalalto

Sortie : 10 février 2017 • Label : Impulse!

A 89 ans, Lee Konitz continue d’exercer une autorité incontestée sur le domaine du saxophone alto. Reconnaissable entre toutes, son approche épurée de l’improvisation laisse transparaître une énergie et une intelligence plus vives que jamais.

 Le saxophoniste ayant sorti son premier disque en tant que leader il y a plus d’un demi-siècle, il est surprenant de constater que « Frescalalto » n’est que son premier disque chez Impulse! Records. Pour l’occasion, il est accompagné par une équipe de rêve formée du pianiste Kenny Barron, du bassiste Peter Washington et du batteur Kenny Washington.

 La manière dont les carrières des quatre musiciens n’ont cessé de s’entrecroiser au fil des décennies ne peut manquer d’étonner. « Lee Konitz Nonet », sorti en 1977, marque par exemple les débuts discographiques de Kenny Washington. Le batteur a par ailleurs fréquemment collaboré avec Peter Washington, les deux musiciens finissant par être considérés comme l’une des meilleures sections rythmiques jazz de New York. En outre, Washington et Washington (aucun lien de parenté) ont à de multiples reprises, soit ensemble, soit séparément, accompagné Kenny Barron, leur confrère de l’écurie Impulse!. La première apparition du pianiste sur un disque de Lee Konitz remonte quant à elle à 1992 avec « Jazz Nocturne », un album sur lequel, pure coïncidence, jouait également Kenny Washington.

 Lorsqu’on lui demande ce qui le séduit particulièrement chez ces musiciens, « feeling » est le premier mot qui vient à l’esprit de Lee Konitz. « Kenny Barron a un merveilleux sens du temps et de la mélodie et il l’exprime sans éprouver le besoin d’en faire des tonnes. Il ne passe pas son temps à mettre en avant ses facilités en tombant dans une virtuosité gratuite », explique le saxophoniste. « Le jeu de Kenny Washington témoigne quant à lui d’une parfaite maîtrise du rythme et son son de batterie est magnifique. Peter a pour sa part une belle manière de s’exprimer à la basse. La basse est un instrument difficile. Mais lorsqu’il en joue, chaque note ressort avec clarté ».

 L’entente évidente dont font preuve les quatre musiciens est pour beaucoup dans l’extraordinaire énergie qui émane de « Frescalalto », un album qui voit Lee Konitz revisiter neuf chansons dont la plupart comptent parmi les plus grands standards du jazz. Sa capacité à s’approprier ces morceaux intemporels et à en révéler des facettes jusqu’à présent ignorées est tout bonnement impressionnante. L’album s’ouvre sur une relecture entraînante de « Stella By Starlight » de Victor Young que Lee Konitz commence seul au saxophone, offrant à l’auditeur l’occasion de savourer pleinement les teintes ambrées de son alto et d’admirer sa manière inimitable de s’approprier la mélodie. Peu après, Kenny Barron se lance dans une improvisation d’une rare inventivité avant de passer le relai à Peter Washington dont l’intervention se distingue autant par sa vitalité que par son sens du swing et de la mélodie. Kenny Washington se retrouve ensuite sur le devant de la scène, le batteur profitant de l’occasion pour révéler une habileté démoniaque aux balais. Sur la fin du morceau, les quatre musiciens font bloc, la section rythmique se mettant au service du sens mélodique de Lee Konitz et de Kenny Barron. Par son extraordinaire musicalité, ce morceau apparaît d’emblée comme la référence à l’aune de laquelle sera jugé le reste du disque.

 Lee Konitz choisit ensuite de revisiter « Thingin’ », l’une de ses compositions dont la progression d’accords s’inspire d’« All The Things You Are » de Jerome Kern. Alors que la section rythmique imprime une irrésistible vivacité au morceau, Lee Konitz expose brièvement le thème avant de laisser la main à Kenny Barron qui délivre un solo d’une exubérance contagieuse. L’entente entre le pianiste et le saxophoniste est encore plus flagrante sur « Darn That Dream ». La reprise de la ballade de Jimmy Van Huesen offre au premier la possibilité d’exprimer toute sa sensibilité tandis que le second fait ressortir la beauté du thème d’abord en le scattant puis en le jouant au saxophone.

 Le quartet se lance ensuite dans une relecture bluesy de « Play, Fiddle Play », insufflant au morceau de Jack Lawrence un swing imparable. Au cours d’une improvisation illustrant une fois de plus l’extraordinaire fluidité de son jeu, Lee Konitz fait preuve d’une délectable espièglerie en glissant une allusion à la célèbre chanson yiddish « Bei Mir Bist Du Schoen », de Sholom Secunda. Le disque se poursuit par une version éblouissante d’« Out of Nowhere » de Johnny Green sur laquelle Lee Konitz, Kenny Barron et Peter Washington délivrent tous trois des solos passionnants. Le saxophoniste se lance ensuite dans un scat où il intercale cette fois la mélodie de « Nostalgia » de Fats Navarro.

 Apparu pour la première fois sur l’album « Sound of Surprise », sorti en 1999 « Gundula », le titre suivant, fait partie des compositions les plus récentes de Lee Konitz. La beauté de cette ballade dont les accords sont empreints d’un lyrisme et d’un romantisme poignants devrait en toute logique permettre à ce morceau de devenir un standard du jazz à part entière. Sur une reprise étincelante d’« Invitation », le saxophone de Lee Konitz évoque ensuite le scintillement des lumières de Noël. Son approche de « Cherokee », l’une des plus célèbres chansons de Ray Noble, contraste avec celle adoptée par la plupart des musiciens de jazz : loin de traverser le morceau en fonçant à bride abattue, Lee Konitz s’y promène avec une délicieuse nonchalance en prenant le temps de savourer le charme de la mélodie, avant que la section rythmique n’accélère le rythme et que Kenny Barron ne se livre à une improvisation pleine d’entrain. Puis la chanson revient au mid-tempo initial, Lee Konitz s’attachant de nouveau à mettre en valeur la beauté de la mélodie.

 Le saxophoniste s’offre enfin un tour d’honneur avec, en titre bonus, une reprise pleine de charme du « Body and Soul » de Johnny Green. Lee Konitz scatte la mélodie avant de revenir au saxophone, Kenny Barron offrant quant à lui un accompagnement de toute beauté.

 » J’ai joué la plupart de ces morceaux tout au long de ma carrière », explique Lee Konitz. « Ce sont des compositions formidables qui nous défient toujours de parvenir à les aborder de manière originale. C’est ça le but. Parfois, je n’y arrive pas. Mais de temps à autres, je commence à jouer et ces mélodies empruntent des voies totalement inédites. Et là, c’est le pied. »

Album disponible sur :