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José James

José James

Chanteur de jazz comparé à Gil Scott-Heron ou Terry Callier, José James a réconcilié fans de jazz, de soul et de rap avec l’album The Dreamer en 2008. Deux ans plus tard, le chanteur d’origine panaméene revient avec Blackmagic puis For All We Know, enregistré avec le pianiste Jef Neve pour Impulse!. José James est de la graine de talent pour le jazz futur comme en témoigne l’album suivant No Beginning No End paru en 2013.

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José James – Love In A Time Of Madness
José James

José James – Love In A Time Of Madness

Sortie : 24 février 2017 • Label : Blue Note

En abordant l’enregistrement de son septième album, José James avait une idée très précise en tête : « Il marque la fin de ma carrière dans le jazz. Une fin définitive », explique-t-il en effet. Une telle déclaration mérite à n’en pas douter quelques explications. Après avoir sorti en 2015 un album en hommage à Billie Holiday (« Yesterday I Had the Blues »), le songwriter new yorkais opère aujourd’hui sa mue en chanteur R&B, s’imposant d’emblée comme une figure majeure de ce style. Si José James n’a jamais été artiste à se laisser emprisonner par les barrières stylistiques, force est de constater que « Love in a Time of Madness » est un album sans précédent dans sa discographie, une œuvre aventureuse où s’entremêlent soul, pop, électro, musique folklorique africaine, gospel et – ce qui n’est guère étonnant lorsqu’on connaît son parcours – funk de Minneapolis. José James a beau chanter d’une manière plus virtuose que jamais et faire des choix pour le moins risqués, « Love in a Time of Madness » est néanmoins, dans sa façon de dépeindre les aléas de l’amour sans fausse pudeur, l’un des albums les plus accessibles et, osera-t-on le terme, les plus sexy de sa discographie

« Quand j’ai commencé à concevoir cet album, j’ai eu comme une révélation », explique-t-il. « Sur chacun de mes précédents disques, je voulais en faire trop. Avec celui-ci, c’est la première fois que je me suis dit, « je ne veux pas l’enregistrer pour moi mais pour les autres ». J’ai eu cette idée en tête dès le début. »

De fait, on peut difficilement imaginer concept plus cathartique pour un disque enregistré en 2016 que celui de « Love in a Time of Madness ». A l’origine, José James avait prévu d’enregistrer un double album. La première partie devait être consacrée à l’amour tandis que la seconde devait évoquer la folie qui gangrène la société et constituer une sorte de réponse à la violence généralisée exercée contre les citoyens de couleur aux Etats-Unis. En travaillant sur la musique, l’artiste en vint à reconsidérer son idée de départ. « Cette folie que je souhaitais dénoncer est devenue de plus en plus incontrôlable », se rappelle-t-il. « Les meurtres s’enchaînaient les uns après les autres. C’était à la fois angoissant et décourageant. » Au lieu de ressasser sa douleur, José James préféra dès lors consacrer tout son album à la partie la plus susceptible d’offrir une sorte d’apaisement à l’auditeur : celle sur l’amour. Une idée qu’il exprime à merveille sur l’onirique « To Be With You » lorsqu’il confie à la femme qu’il aime : « Je me suis retrouvé à terre, vaincu, pensant que j’avais perdu la dernière chose qu’il y avait de bon en moi/…/ J’ignorais qu’un amour comme celui-ci pouvait me ramener à la vie ».

Il serait cependant faux de penser que tout est rose dans sa manière de voir l’amour. Avec son piano majestueux et sa rythmique hip-hop, cette chanson représente d’ailleurs un tournant sur cet album où l’amour est loin d’être toujours romantique. Si le premier titre de l’album, « Always There », nous parle d’une relation solide comme le roc, le ton change dès le deuxième morceau, « What Good Is Love », qui raconte l’histoire d’un couple en plein naufrage émotionnel, perdu dans « dans une mer de mensonges ». La production évolue elle-aussi, l’électro bondissante du premier morceau faisant place à une ambiance menaçante et à des percussions glaciales qui ne sont pas sans évoquer certains morceaux de The-Dream ou de Drake (avec, tout de même, un soupçon de Sade dans le chant). Sur le morceau suivant, « Let It Fall », titre auquel contribue le chanteur Mali Music, notre narrateur évoque son adaptation à son nouveau statut de célibataire sur fond de guitare acoustique et de percussions, avant de décrire son abandon à une débauche de drogues et de sexe sur « Last Night ». Certes l’heure de la réconciliation et de la rédemption finit par arriver, mais José James souhaitait raconter l’histoire de l’amour dans sa totalité, sans rien passer sous silence.

« Je ne m’interdis rien, tant que c’est vrai », explique-t-il lorsqu’on l’interroge sur la dimension autobiographique de ces chansons. « La tournée de « While You Were Sleeping » (sorti en 2014) a été une période assez rock’n’roll dans ma vie. J’ai pas mal changé depuis. C’est en grande partie lié au fait de m’être plongée dans l’œuvre de Billie Holiday et d’avoir été amené à réfléchir à la manière dont sa vie s’est terminée ».

Musicalement, José James a puisé dans les approches les plus modernes de la pop et du songwriting, s’inspirant tant de la vision holistique de Grimes, de l’ingénierie créative de Kanye West et de l’imagerie très travaillée de FKA Twigs que du mélange des genres de The Internet, des paysages sonores de Bryson Tiller, ou même du travail studio d’Ellie Goulding. L’artiste prit également la décision de se séparer du groupe qui l’avait accompagné sur ses précédents albums pour travailler avec des paroliers et des producteurs de premier plan, notamment avec Tario, le collaborateur habituel de Miguel, qui a contribué à la plupart des titres de « Love In a Time of Madness », et avec Likeminds (Pharoahe Monch, Anthony Hamilton). José James commença par ailleurs à prendre des leçons de chant, à se rendre au club de gym, se livrant à un travail sur lui-même totalement nouveau pour lui. Il en vint à se dire que le succès remportés par certains artistes solo semblaient confirmer l’assertion d’Andy Warhol selon laquelle l’art et l’artiste ne sont qu’une seule et même chose et réfléchit à la façon dont Quincy Jones avait abordé la production d’« Off the Wall », avec la volonté d’être on ne peut plus actuel « sans pour autant renoncer à son exigence ». Il tomba également sous le charme de la trap music et constata que certains des artistes précédemment cités le ramenaient de manière profondément satisfaisante à la musique avec laquelle il avait grandi.

« On assiste au retour de quelque chose qui semblait avoir disparu dans les années 2000, une manière de mêler le hip-hop, le R&B et la pop d’une manière vraiment excitante, comme sur les albums d’A Tribe Called Quest, d’Erykah Badu ou de D’Angelo », constate José James. « Il y a maintenant une nouvelle génération qui n’a pas peur de tout mélanger. Le monde est à nouveau prêt pour ce genre de musique. »

 Ce moment, José James s’y est préparé depuis toujours. Il n’a en effet jamais été un musicien de jazz standard et il a souvent choisi de travailler avec des artistes faisant preuve de la même ouverture d’esprit que lui comme Robert Glasper et Pino Palladino, notamment sur « No Beginning No End », l’album qui le fit connaître du grand public à sa sortie en 2013. Le fait d’avoir grandi dans le Minnesota à une période où la musique était en perpétuelle mutation a également joué : à l’époque, la funk-pop de Prince et de Morris Day cédait peu à peu la place au New Jack Swing de Jimmy Jam et Terry Lewis, tandis que le rap ne cessait de sampler le jazz, ce même jazz que son père – lui-même percussionniste et saxophoniste – jouait à la maison. Peut-on dès lors être surpris de constater que les morceaux uptempo de « Love in a Time of Madness » comme « Live Your Fantasy » and « Ladies Man », avec leurs synthés débridés et leurs mélodies chantées à plusieurs parviennent parfaitement à convoquer ce son si typique de Minneapolis en y adjoignant des accents du R&B le plus contemporain ? Pas vraiment.

« Le mouvement est primordial pour moi », explique José James. « Pas seulement celui du cœur et de l’esprit. Je veux que les gens fassent chauffer le dance-floor. Je pourrais continuer à enregistrer des albums jazz pour le restant de mes jours mais je veux aller vers les gens. J’aime autant Jamie xx que Miles Davis, tu vois ? » 

Bien que secondaire, la dimension électro de « Love in a Time of Madness » n’était pas absente des précédents albums de José James -  ses deux premiers disques, sortis par Gilles Peterson, le célèbre DJ de la BBC, laissaient d’ailleurs clairement transparaître l’influence de la culture club londonienne. Avec des morceaux comme « You Know I Know » et « Closer », elle passe toutefois au premier plan et témoigne du désir de toucher le plus grand nombre. Car rien ne ressemble plus à l’expérience de la transcendance que cela : un groupe de gens s’embarquant pour un même voyage, chantant à l’unisson, se laissant porter par les mélodies, habiter par le rythme, et éprouvant les mêmes sentiments dans un grand mouvement de communion. Le dernier titre de l’album « I’m Yours » n’exprime d’ailleurs pas autre chose. Les déchirements, la confusion, la perte, le désir insatiable disparaissent pour céder la place à un amour obtenu de haute lutte qui semble dépasser la seule personne de l’artiste. On trouve du gospel dans cette chanson, en grande partie grâce à la participation de la légendaire Oleta Adams. On y trouve également une promesse, une de celles que nous avons tous besoin d’entendre dans les bons comme dans les mauvais moments : « Je serai à tes côtés ».

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