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Aron Ottignon

Aron Ottignon

Aron Ottignon est un pianiste surdoué. Bardé de récompenses dès son plus jeune âge, il aurait donc pu tomber dans le piège de la virtuosité, articuler Rachmaninov et Ellington, se cacher derrière ses dix doigts. Mais une personnalité bien affirmée, dotée de convictions artistiques singulières, a poussé sous l’enfant prodige. D’Auckland (où il est né en 1982) à Paris, de Woodkid à Stromae, on se rend compte aujourd’hui que son parcours sinueux était guidé par une ambition…

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Album

Aron Ottignon – Team Aquatic
Aron Ottignon

Aron Ottignon – Team Aquatic

Sortie : 13 octobre 2017 • Label : Blue Note

Depuis sa signature sur Blue Note, le virtuose néo-zélandais Aron Ottignon - qui a fait le tour du monde avec Woodkid, joué avec Abd Al Malik et co-écrit « Papaoutai » de Stromae - a sorti deux EP très remarqués, avec des remixes de Jazzanova, Clap! Clap!, Nick Littlemore et Prieur de la Marne, et joué dans les plus grands festivals de jazz. Sur son très attendu premier album sous son nom, Team Aquatic , il fait des miracles en mêlant le jazz, l’électronique, les percussions caribéennes et la musique des antipodes.

Aron Ottignon est un pianiste surdoué. Bardé de récompenses dès son plus jeune âge, il aurait donc pu tomber dans le piège de la virtuosité, articuler Rachmaninov et Ellington, se cacher derrière ses dix doigts. Mais une personnalité bien affirmée, dotée de convictions artistiques singulières, a poussé sous l’enfant prodige. D’Auckland (où il est né en 1982) à Paris, de Woodkid à Stromae, on se rend compte aujourd’hui que son parcours sinueux était guidé par une ambition rectiligne, enfin concrétisée par un premier album.

S’agissant d’un pianiste qui affectionne les motifs répétitifs, il est tentant de dire qu’Aron Ottignon a bouclé la boucle. De Blue Note à Blue Note : le label, sur lequel le Néo-Zélandais fait son arrivée, fut aussi celui du pianiste de jazz Andrew Hill, l’un de ses premiers professeurs. L’histoire remonte à son enfance, dans une famille où l’on connait la musique : sa grand-mère pianota dans le premier cinéma muet de Londres avant de caresser la harpe derrière l’excentrique Liberace ; son père souffla du saxophone dans le quintet de Manfred Mann et, accompagnant les jazzmen étrangers en concert à Auckland, il leur proposait de passer à la maison pour prodiguer leurs conseils au jeune Aron. Ce fut le cas d’Andrew Hill quand le prodige avait une dizaine d’années.

L’improvisation, dont Andrew Hill était un maître, est une seconde nature pour Aron Ottignon qui ne s’est jamais satisfait des grilles, des formats, des partitions. Aussi loin qu’il se souvienne, à son retour de l’école, rien ne l’intéressait plus que de dérouler des notes aléatoires sur des grilles de jazz ou de blues, durant des heures, sur le piano à queue familial. Ce goût pour la liberté, associé à une technique académique et un appétit précoce pour la composition, irrigue aujourd’hui sa musique autant que le font son éclectisme, son cosmopolitisme et des idées bien arrêtées sur le but recherché.

Le fil qu’il continue de tirer est arrimé à son premier projet, Aronas. Le groupe, fondé au début des années 2000, trouve son origine dans un concert du trio de jazz australien The Necks. Ce soir-là à Sydney, Aron

Ottignon découvre que l’on peut oser une musique ambitieuse et moderne devant un public jeune et enthousiaste. Cette révélation déclenche sa vocation de leader et Aronas sort l’album Culture Tunnels (2005) qui pose les bases d’un jazz appuyé sur un groove puissant, nerveux comme le rock, avec basse et deux batteries. « South Pacific Groove », dit alors Aron Ottignon pour définir une musique qui convoque aussi les rythmes polynésiens.

Depuis, le globe-trotteur Ottignon s’est d’abord établi à Londres, où il a moins fréquenté les jazzmen que la communauté caribéenne des joueurs de steel-drums (percussions devenues l’une de ses signatures). Puis ce fut Paris, dans la foulée d’une tournée avec Woodkid. On croisait alors son piano avec Abd Al Malik et, nouvelle preuve de son talent protéiforme, on retrouvait son nom dans les crédits de « Papaoutai », le tube qu’il a co-écrit avec Stromae. Pourtant, réclamé sur les routes ou pour des sessions en studio, il n’a pas dévié de sa priorité : composer, développer et diffuser sa propre musique. Coup sur coup en 2015, deux EPs ( Starfish puis Waves ) ont marqué les esprits. Ils préfiguraient 2017 qui se présente comme une année charnière pour Aron. Elle débute avec un nouveau EP, Nile dont il a composé le morceau-titre pour sa sœur, la chanteuse Holly Ottignon. Tout est là : le souffle mélodique et la puissance rythmique, les boucles de piano organique héritées des loops électroniques, le chatoiement des steel drums… Beaucoup de compositions sont d’ailleurs construites autour d’un motif de batterie : Aron Ottignon fantasme de posséder une baguette au bout de chacun de ses doigts. Suivront un deuxième EP, Hot Tub - avec des remixes de l’Australien Nick Littlemore et des Allemands cultes Jazzanova – et des prestations remarquées à Sons d’Hiver, au Festival International de Jazz de Montreal et à Cognac Blues Passion

Désormais partagé entre Paris et Berlin, Aron Ottignon y a enregistré Team Aquatic ces deux dernières années, en compagnie des producteurs Paul “Seiji” Dolby et Rodi Kirk. Premier album sous son nom, Team Aquatic reprend précisément le flambeau allumé par Aronas, au point que le morceau-titre est dédié aux bons moments vécus par le groupe durant ses années londoniennes. « Starfish » fut d’ailleurs composé à cette période, avec sa rythmique en 6/4 actionnée sur des tambours en bois du Pacifique sud. Le crédo du musicien est donc marqué par son absolue cohésion, mais aussi par son esprit d’aventure. Ainsi, « Rivers » est nourri par la musique traditionnelle péruvienne alors que « Waves » et « Ocean » ont été inspirés par un voyage à la Réunion, au rythme du kayamb. Soutenu par des claps électroniques oppressants, « The Jungle » est né la veille de l’arrivée d’Aron Ottignon au camp de Calais où il aida les réfugiés pendant une semaine, au moment de Noël en 2015. L’album de onze titres – et trois bonus tracks – s’évanouit sur une sublime ballade, « Rothesay Bay », du nom de la plage où ses grands-parents ont toujours vécu, et où il est né. Boucler la boucle, toujours.

A l’opposé de toute logique commerciale, Aron Ottignon a fait le choix de produire une musique instrumentale en combinant l’ambition du jazz, des mélodies pop, les échos du monde et des effets électroniques. Une plongée étourdissante, à l’image des visuels aquatiques confiés au photographe James Fisher et à l’artiste protéiforme Yvo Sprey. Faisons-lui confiance et plongeons avec lui.